Rassemblés à la maison saint Paul, mardi 26 mai 2026, 45 célébrants et assistants, chevronnés ou en formation, de 13 de nos paroisses ont suivi l’enseignement du père Jean-Marie LIOULT, du diocèse de Chartres, sur l’Intelligence du Rituel des Funérailles et réagi à ses paroles, dans un dialogue constructif et passionné fondé, pour certains, sur l’expérience de longues années de pratique.
Les lignes qui suivent résument le contenu de l’exposé et les réponses aux questions ou témoignages de notre assemblée :
« Les funérailles chrétiennes, un passage de la mort à la Vie ».
Dans un monde où la mort est souvent vécue comme un effondrement ou un tabou, la pastorale des funérailles chrétiennes est appelée à réinvestir le sens profond de ses rituels. Face à la douleur des familles et à l’immensité de leurs attentes, l’Église ne propose pas des paroles faciles, mais une action liturgique incarnée : la célébration du Mystère Pascal.
Analyser le rituel, c’est comprendre comment la liturgie transforme une réalité subie en une espérance offerte.
1. Le Mystère Pascal au Coeur de la Mort
Pour le chrétien, la mort n’est pas le seul horizon, car le Christ l’a traversée pour l’ouvrir sur la Vie.
Les funérailles ne sont pas un simple hommage anthropologique, mais le déploiement du caractère pascal de l’existence : une plongée dans la mort et la résurrection du Christ, initiée dès le baptême.
C’est à ce moment précis que l’on rappelle la vocation de tout homme : aller à la rencontre du Seigneur.
L’enjeu de la célébration est d’articuler la mémoire du défunt et l’espérance de la résurrection. Il s’agit de parler de la personne disparue à la lumière de la Parole de Dieu, en utilisant un trait de sa vie, sans pour autant faire de l’hommage le centre de la liturgie. La célébration reste une prière annonce remise à la miséricorde divine.
2. La Pédagogie des Gestes et des Signes
Le rituel est « intelligence de la Foi en actes ».
Il propose un chemin pédagogique qui conduit l’assemblée du silence à la prière et de la douleur à l’espérance.
Pour habiter cette liturgie, plusieurs repères essentiels se dégagent :
• Ne jamais appauvrir les signes : L’eau, la lumière, l’encens et la croix sont fondamentaux.
La croix, alors qu’elle confronte au réalisme du corps mort, demeure le signe de l’amour infini.
• Le réalisme et la dignité du corps : Les gestes accomplis par le célébrant honorent le corps du défunt, membre du Christ. Dès l’accueil sur le parvis jusqu’à l’autel, ils consistent à confier la personne à Dieu en l’interpellant par son prénom comme un être vivant.
• La puissance de la monition : La parole qui accompagne le geste (la monition) demande un vrai travail de préparation. Il faut faire confiance aux gestes bien posés (« ni trop peu, ni trop ») plutôt que de chercher à tout expliquer simultanément.
• L’importance du silence : Le silence est un acte liturgique à part entière.
Face au risque de la pauvreté des mots, la parole doit être rare et aller à l’essentiel.
Il faut savoir quand parler et quand se taire, sans chercher à combler tous les vides.
Le dernier adieu, sommet de cette pédagogie, scelle la remise du défunt à Dieu. Le Rituel des funérailles (à consulter régulièrement) et que la paroisse doit tenir à la disposition de ses célébrants, offre ici de nombreuses propositions (des répons, des invocations comme « Prends avec Toi
Seigneur… » ou des chants traditionnels tels que « Sur le seuil de sa maison ») pour signifier cette communion ultime.
3. Mission, Co-responsabilité et Évangélisation
La célébration des obsèques possède une forte dimension d’évangélisation, notamment à travers le geste de bénédiction qui interpelle une assemblée souvent éloignée de l’Église et à laquelle on laisse la possibilité d’accomplir un geste qui peut être différent.
Pour mener à bien cette mission, nous ne réduisons pas le rituel à ce que les familles peuvent immédiatement comprendre. Une démarche de «mystagogie» (reprise et relecture après la célébration) sera probablement nécessaire.
Maintenir le respect de la liturgie, c’est veiller à ce que les fidèles ne s’y sentent pas étrangers, tout en préservant la part de mystère indispensable: car « s’il n’y a plus d’étrange… il n’y a plus de Dieu ».
Il apparaît donc utile de repenser le ministère des célébrants ou présidents, clercs ou laïcs, qui seront indistinctement désignés comme «ministres».
C’est le travail en cours au SNPLS de la conférence des évêques de France.
Fondée sur la grâce du baptême qui fait de chaque chrétien un être « prêtre, prophète et roi », notre mission nécessite un cadre clair :
• Demander une lettre de mission formelle, à durée déterminée.
• S’appuyer sur l’échange en équipe pour briser la solitude.
• S’imposer une obligation de relecture des célébrations pour progresser.
Cette charge éclaire la nécessité de prendre soin des prêtres et des pasteurs.
On exige souvent du curé qu’il soit « bon en tout », qu’il « décide tout », qu’il réponde à toute requête… et cela est inhumain !
Face à la multiplication des célébrations, il est vital aussi pour le célébrant laïc de savoir dire « non », de poser des limites et d’oser dire, fraternellement, à son curé ce qui ne va pas.
Après une messe concélébrée par le vicaire général, Daniel MOULINET, le père Jean-Marie LIOULT et le père Benoît de Masgontier curé de la paroisse Notre Dame de l’Alliance et un repas tiré du sac joyeusement partagé, l’équipe diocésaine d’accompagnement spirituel a proposé trois
ateliers parallèles de relecture, articulés autour de la trame suivante :
Chacun étant invité à s’arrêter sur ce qui est important pour lui.
– Comment est-ce que j’arrive à cette relecture personnelle de ma mission après cette première demi-journée ?
– Depuis combien de temps suis-je engagé dans cette mission ? Suis-je détenteur d’une lettre de mission ? Si oui, a-t-elle fait l’objet, à terme échu, d’un dialogue avec le mandant (ou le nouveau curé le cas échéant) avant d’être renouvelée ?
– Comment je me sens dans cette mission : heureux, fatigué… ?
– Ce service change-t-il quelque chose dans ma foi, dans ma relation à Dieu ? Si oui, en quoi ?
– Comment est-ce que je me sens au service de l’Eglise, de la paroisse, dans cette mission ?
– Je fais le tour des relation avec : les familles, le reste de l’équipe, le curé…
Quelles difficultés ai-je rencontrées, quelles joies ? Qu’est-ce que je peux en dire ?
– Et demain : de quoi ai-je envie, de quoi ai-je besoin (formation, relation avec l’équipe, le curé, les pompes funèbres…) ?
Ai-je envie de continuer ou pas, ou d’envisager un autre service dans la paroisse ?
Un deuxième temps fort de cette journée qui a été apprécié parce qu’il a permis l’expression libre des joies, des souffrances, des satisfactions, des attentes, des témoignages de foi et d’espérance et du désir unanime que nos prêtres n’hésitent pas à se joindre à nos temps de formation quand les créneaux de leur agenda leur en laissent le loisir, en référence au slogan de la journée « clercs et laïcs ensemble dans la mission ».
Des propositions et des réflexions partagées, issues des groupes, constitueront un apport utile à l’élaboration de l’offre diocésaine de formation continue pour l’année pastorale 2026-2027.
Pierre MILLE, responsable diocésain de la formation aux funérailles




© Emilie Rémond et Pierre Mille
